Premier Mois

I

Rose Gabin était du genre détestable. Elle n’était pas patiente, n’aimait pas beaucoup de monde et s’énervait trop vite. Si bien que la formation du jeune Ben relevait d’un conflit permanent. Ben était aussi paresseux que Rose pouvait être impatiente. Il était beaucoup trop fatigué et ne faisait que rarement d’efforts. Rose, qui essayait de former le jeune Ben au dur métier de résistant, se heurtait à un adolescent grincheux.

La jeune femme tapait du pied nerveusement. Il n’y mettait
vraiment pas du sien.

— Bouge-toi.
— J’en peux plus, Rose.

Ben était à bout de force. Ses jambes tremblaient et il lui semblait n’avoir jamais autant transpiré. Rose ignora sa plainte et reprit ses pompes. À contre cœur, Ben se mit à quatre pattes et l’imita.

La frange mal coupée de Rose tressautait à chacun de ses mouvements. Elle n’était pas bien grande mais assez pour arracher le cœur d’un Ange. Elle avait un visage fin, une bouche en cœur et de grands yeux verts qui lui donnaient un air revêche. Elle ramena ses longs cheveux châtains en queue de cheval et releva Ben brusquement par le bras.
Il faisait au moins deux têtes de plus qu’elle et bien quatre-vingt-dix kilos. Il n’en était pas moins maladroit et rêveur.
Ben la supplia une énième fois.

— Ça fait trois heures, Rose…


Des bruits de pas, dans l’escalier qui menait à l’étage, stoppèrent Rose. Le plus âgé du groupe, Alaric, se présenta à eux. Il se pencha pour entrer dans la cave.


— Mick veut qu’on parte dans une heure. Soyez prêts.


Ben souffla de soulagement. Et s’arrêta net au regard assassin de Rose.

Rose rassembla ses affaires en quelques minutes. Elle était dans cette guerre depuis longtemps maintenant. Elle avait perdu plus d’affaires personnelles qu’elle ne pouvait le compter. Rose et ses compères s’étaient engagés depuis trois ans dans une guerre dépourvue de toute logique. Qui pouvait avoir l’idée de s’armer contre la plus ancienne des guerres. L’affrontement entre les Anges et les Démons était sans fin depuis la nuit des temps. Aucun des résistants n’avait envisagé, au début de sa vie, de combattre des créatures dont les humains ignoraient l’existence. Et les pires étaient ceux, qui comme Rose, chassaient les Anges, les créatures célestes. Tous étaient là pour la même raison : se venger. Tous avaient perdu quelqu’un qui méritait que l’on se batte pour lui. Quelqu’un dont la perte leur arrachait les tripes. Et aucun démon, aucun Ange ne pouvaient atténuer leur douleur. Personne n’avait aussi mal qu’eux, ils n’avaient plus rien, n’étaient plus rien. Qu’ils aient perdus un frère, une femme, un enfant ou des parents, ils voulaient que cette guerre cesse. Aussi bien pour eux, que pour tous les humains. Ils n’envisageaient pas le fait que l’équilibre éternel ne puisse être modifié.

Mick, son acolyte depuis le début, s’énervait contre Éléonore dans la pièce d’à côté. Éléonore était arrivée dans le groupe juste avant Ben. Elle était superficielle et fortunée. Rose était tout le contraire. Cela les divisait d’autant plus. Éléonore avait tellement de maisons à son actif que, depuis
son arrivée, le groupe séjournait dans ses demeures. Au grand dam de Rose qui constatait que la paresse de Ben s’accentuait à mesure qu’ils « vivaient confortablement. » Éléonore était grande avec une paire de jambes interminables et de longs cheveux noir corbeau parfaitement raides. Elle avait des yeux aussi noirs que ses cheveux et une bouche rouge pulpeuse qui s’accordait avec son teint pâle. Éléonore était le genre de femme que tout le monde détestait. Elle était née dans une famille riche, avait une belle fortune, faisait et avait tout ce qu’elle voulait. Elle adorait son père et n’en détestait que plus sa mère. Cependant, c’était une jeune femme pleine de ressources et futée. Le tout étant malheureusement gâché par une condescendance affirmée et une peur de l’abandon exacerbée. Éléonore était littéralement opposée à Rose.
Rose préférait encore avoir affaire à Ben qu’à Éléonore, qui suppliait Mick d’emmener une robe.


— Ça ne va pas être pratique une robe pendant un combat. Même moi je le sais.


Ben et Rose attendaient le reste du groupe sur le pas de la porte. Rose, qui ne faisait que très rarement attention à Éléonore, fut amusée de la scène. Elle ne gagnerait jamais contre Mick. Son physique de sportif, son regard bleu azur et ses cheveux parfaitement blond allaient la faire craquer. Il était beau et tout autant dangereux.

Une demi-heure plus tard, Éléonore était dans la voiture de Rose avec Ben. Un sourire sarcastique était accroché aux lèvres de Rose. Personne ne résistait à Mick.

 

La suite arrive bientôt…

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