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III


Après leurs recherches, le groupe mit en place un plan bien détaillé de leur attaque. De quelle manière ils allaient arriver, comment ils allaient procéder et qui viendrait. Alaric y tenait plus que quiconque. Aucun de leur plan n’avait fonctionné jusqu’à présent. Ils avaient dû improviser à chaque fois. En tant qu’ancien professeur d’université et chercheur, Alaric aimait que tout soit organisé. Il était impensable qu’il parte à l’assaut sans avoir travaillé dessus pendant au moins vingt-quatre heures. Il aimait dire que l’organisation était la clef. Rose n’était pas du tout du même avis. Elle avait beau lui expliquer qu’au bout d’un an à travailler ensemble, jamais un de leur plan n’avait fonctionné, Alaric s’entêtait. Le même conflit était en train de naître au sein du groupe.


Ce soir-là, après le maigre dîner composé de pain sec et de soupe, Éléonore expliqua à Mick et Alaric ce qu’elle avait trouvé. Le sujet Ben, qui était parti se coucher, revint dans la conversation lorsque Éléonore expliqua l’incident dans la voiture.


— La question qui se pose, c’est de savoir si on l’emmène ou pas, termina Alaric.
— Déjà l’un de nous doit rester ici, car on ne laisse jamais le camp sans surveillance, dit Mick.
— Je resterai ici. Peals n’est pas un de mes démons, c’est surtout ton affaire Mick, proposa Alaric.
— Alors maintenant, est-ce que Ben vient ? demanda Éléonore, peu sûre d’elle.
— Rose qu’en penses-tu ? Mick se tourna vers elle.


Elle n’avait pas décroché un mot depuis le récit d’Éléonore. Elle écoutait et réfléchissait à la façon dont cette opération allait se dérouler. Elle se demandait, si pour une fois, ils allaient coincer Peals. Ce dernier était un démon plus que redoutable. Dont Mick faisait une affaire personnelle. Rose savait qu’il avait perdu quelqu’un, comme eux tous. Lui, avait perdu la meilleure partie de lui-même, son jumeau. Elle ignorait les circonstances et en aucun cas elle aurait remué le couteau dans la plaie. Le seul couteau que Mick voulait remuer était le sien, dans la gorge de Peals. Ne serait-ce que pour lui faire vivre ce qu’il avait vécu. Par ses propres mains, une seconde et dernière fois.


— Ben connaît-il tous les sorts ? s’enquit Rose auprès d’Alaric.
— Je lui ai fait apprendre par cœur.


Les résistants ne connaissaient que très peu de sorts, mais ils étaient efficaces. Rose en avait appris un auprès d’une sorcière pour les Anges, Mick avait torturé pour avoir les sorts d’appel. Alaric en savait quelques uns, pour piéger des créatures, grâce à son savoir. Ils ne les utilisaient que très rarement car il y avait toujours un prix à payer en contrepartie.
Elle réfléchit quelques secondes puis dit :


— Il se défend bien, connaît toutes les armes, tous les sorts mais il ne veut faire de mal à personne.

Cette révélation entraîna un blanc dans la pièce.


— Tu lui as dit que ça allait être compliqué ? s’étonna presque Mick.
— Bien sûr que oui, je ne suis pas idiote ! Je lui ai expliqué toutes les défenses. Mais ce qu’il cherche ce n’est pas une vengeance, mais la vérité. S’il veut venir, c’est pour comprendre, pas pour attaquer.
— Ça change tout maintenant, conclut Alaric.


Alaric avait raison. Savoir que Ben ne voulait en aucun cas faire du mal à quelqu’un changeait la donne. Il était impossible d’aller sur un lieu de combat sans faire du mal, même s’il n’attaquait pas. Il devait se défendre, même si ça impliquait de blesser quelqu’un. La réaction de Ben était due à son jeune âge, mais également parce que Rose lui avait expliqué que les Démons et les Anges prenaient possession de corps humains pour pouvoir exister sur Terre. Ils avaient très peu de moyens pour éviter de tuer l’être humain et la plupart du temps, la première attaque qu’ils faisaient, tuait, achevait, non seulement la créature mais le corps également.


— Vous ne pouvez pas l’emmener, c’est trop dangereux, considéra Alaric.
— Je suis d’accord. Il doit se défendre et sans cette idée, il sera bloqué, ajouta Éléonore.


Les deux autres compères acquiescèrent. Maintenant que le sujet Ben était clos, les préparatifs allaient pouvoir commencer.
Éléonore déplia avec précaution les cartes sur la grande table.


— Alaric m’a expliqué qu’il avait trouvé ces cartes il y a des années.
— Frances les a dénichées il y a une dizaine d’années, dans une bibliothèque à Barcelone, précisa Alaric.


Frances, de son vrai nom Francesca, était professeur d’université et chercheuse en France. Amie de longue date d’Alaric, elle était désormais leur alliée en tout point. Elle et son mari Adam, qui travaillait au sein du gouvernement français, étaient leurs informateurs et couvraient toutes leurs actions.


— On a mis des mois à comprendre ce qu’elles voulaient dire ! Mais à force de chercher, on a fini par comprendre que c’était une infime partie du plan des Enfers, et on pense avoir un autre bout de ce qui pourrait être le Paradis.


Éléonore souleva une feuille, en piteux état, d’une dizaine de centimètres de diamètre.


— Attends, lui demanda Mick, tu es en train de me dire que des personnes ont tracé les plans du Paradis et des Enfers ?
— C’est à peu près ça. Mais il faut encore que nous y réfléchissions. Ces plans vont nous amener à une des entrées des Enfers, qui se trouve à environ moins d’une heure d’ici. Et d’après ce que j’ai compris, Peals l’utilise très souvent.


Éléonore superposa une carte humaine à celle qu’elle avait longuement étudiée. Un point rouge tracé au feutre sur chacune des feuilles se trouvait au même endroit.


— Comment peux-tu savoir ça ? intervint Rose.
— La dernière fois qu’on a eu à faire à Peals, il parlait d’une entrée sud qui était dans un très mauvais état. Souviens-toi que nous n’avions pas compris de quoi il parlait.


Maintenant qu’Éléonore le disait, Rose se souvenait que quelques mois auparavant, Mick était parti en quête d’information dans le camp adverse. Il avait découvert une discussion entre Peals et un de ses démons, qui parlait d’une entrée Sud sans réellement comprendre de quoi ils parlaient.
Éléonore continua :


— Et sur le plan, il y a une entrée Sud.


Elle pointa du doigt un schéma sur le plan pour confirmer son propos.
Il y eut quelques secondes de silence durant lequel Mick et Rose échangèrent un regard plein de sous-entendus.
Éléonore, à qui rien n’échappait, le remarqua :


— Quel est le problème encore ?


Mick souffla.


— Et s’il y avait plusieurs entrées Sud ?


Visiblement Éléonore n’y avait pas pensé car son visage vira au rouge.


— Mick a raison. On sait bien que les Enfers sont truffées d’entrées et de sorties. Il y a marqué « Sud », mais les Enfers ne sont pas régis par les points cardinaux comme nous. Ça peut très bien dire autre chose, ou bien être le Sud par rapport au Paradis, ou le Sud par rapport à un autre point, soutint Rose.


Éléonore ne savait plus où se mettre. Elle avait étudié pendant des semaines ces cartes. Parfois même des nuits entières, et à s’en donner la nausée. Une idée qui la réconforta lui revint en mémoire.


— Sauf qu’on sait très bien qu’en ce moment, la bande de Peals siège justement à quelques kilomètres de Dallas. Et si justement, c’était là qu’on devait aller ?


Constatant le silence de ses camarades, Éléonore redevint confiante et continua :


— Nos calculs nous ont menés à cette planque pour Peals. Et même s’il n’est pas là, on tue ses hommes de mains et on aura une chance qu’il vienne.


Ce point fit l’unanimité.


— C’est vrai qu’il y a beaucoup trop de choses qui se rapprochent. Les coïncidences n’existent pas ! constata Rose.


La mise en place de leur plan dura jusqu’à tard dans la nuit. Ils décidèrent qu’ils partiraient le soir même. Ben ne viendrait pas et seulement Éléonore, Mick et Rose iraient. Le seul plan qu’ils avaient était de revenir, en laissant derrière eux un Peals mort.
Alaric s’était battu pendant de longues heures contre eux pour qu’ils décident d’organiser leur intervention alors qu’ils avaient à peine pris connaissance des lieux. À l’aide de l’ordinateur de Mick et des codes d’accès d’Adam, ils avaient piraté une centaine de barrières intergouvernementales d’un satellite pour pouvoir accéder aux données dont ils avaient besoin. Et pour cette usine désaffectée à quinze minutes de Dallas, ils n’avaient quasiment rien trouvé, juste une photo remontant à trois ans auparavant.


Au cours de la journée, aucun des trois rebelles ne s’adressa un mot. Éléonore passait son temps à relire les livres et les cartes d’Alaric, pour se persuader elle-même que ses découvertes étaient bien fondées. Mick fit le plus de sport qu’il le pouvait. Il effectua un footing autour de la maison, fit des pompes dans le jardin, entraîna Ben dans sa folie et ils passèrent des heures à se muscler physiquement et mentalement. Ben, qui n’avait pas réagi à l’annonce de Rose sur son non-départ, avait décidé de se murer dans le silence le plus complet. Persuadé que cela dérangerait quelqu’un.
Rose, quant à elle, était de loin la moins stressée. Elle préférait rester dans le salon à lire un livre pris dans la bibliothèque personnelle du père d’Éléonore. Peu intéressée par le contenu, elle se demandait bien s’ils avaient raison de partir tête baissée, de charger l’ennemi.
Lorsque la nuit fut tombée, la troupe se retrouva dans la cuisine. Ben aidait Alaric qui s’était déjà penché sur sa prochaine affaire. Le jeune homme leur en voulait bien trop de partir sans lui, il accordait son attention uniquement à Alaric. Ils prirent quelques minutes pour réunir leurs affaires. Comme à chaque fois le mot d’ordre était de partir léger pour être plus rapide. Éléonore, qui adorait enfreindre les règles, en profita. Elle était chaussée de l’une de ses fameuses paires d’escarpins. Ils étaient à chaque fois d’une telle hauteur qu’elle en dépassait Rose. Cette dernière ne comprenait jamais son goût pour ces chaussures, et surtout, ne comprenait absolument pas comment elle faisait pour marcher avec, et encore moins pour se battre avec. Mais jusqu’à preuve du contraire, jamais ses escarpins ne lui avaient fait faux bond.


La demeure d’Éléonore ne se trouvait qu’à quarante-cinq minutes de Dallas et à peine à une demi-heure du camp de Peals. Moins de vingt minutes plus tard, ils étaient arrivés sur les lieux indiqués par la carte. Rose replaça son revolver, vérifia ses deux poignards et sortit la première de la voiture. La lune brillait si fort, qu’elle dut se mettre à l’abri pour éviter tout regard. Éléonore fut plus bruyante qu’elle, en faisant claquer ses talons hors de prix.


— Mais ce n’est pas possible ça ! Tu ne peux pas faire moins de bruit ? si elle n’avait pas chuchoté, Rose l’aurait incendiée.
— Tout le monde ne peut pas avoir ma classe, écoute !


Pendant que les deux jeunes femmes se chamaillaient, Mick avait eu le temps de regarder à travers le hublot d’une porte adjacente et de constater les lieux.


— On n’a pas de planque, c’est une ancienne usine, c’est un hangar immense et tous les Démons sont postés aux quatre coins. Étant donné que vous ne savez pas être discrètes -Éléonore allait répliquer mais il lui interdit d’un geste de la main- on va rentrer et tirer dans le tas.
— Tirer dans le tas ? Non mais tu te moques de moi j’espère ? s’indigna Éléonore.
— Nous n’avons pas le choix. Toi Éléonore, tu vas à gauche, moi à droite et Rose, comme je sais que tu aimes les mises en scène presque autant que moi, je te laisse le plaisir de leur annoncer notre arrivée.


Rose lui sourit en guise de remerciement. Elle se tourna et avança vers l’entrée principale, Mick et Éléonore derrière elle. Ils vérifièrent que personne ne les suivait et se préparèrent. Mick arma son arbalète, Éléonore chargea son fusil et se prépara derrière lui. Rose mit la main sur la poignée et les voix qu’elle entendait à l’intérieur s’estompèrent. Elle se tourna vers ses deux compagnons quand Mick dit à voix basse :


— Je sens qu’on va s’amuser.


Éléonore lui fit un clin d’oeil en guise de réponse. Son revolver en main, elle ouvrit la porte à la volée. Les démons se tournèrent, ahuris. Elle avança de deux pas, un silence d’or régnait et tout en chargeant son arme, elle s’exclama :


— J’apprécie ce silence de mort. Il vous va si bien !


Le premier se jeta sur elle à corps perdu. Elle réagit plus vite qu’il ne l’aurait cru et lui tira dessus. Les balles pleines de sels de leurs armes pouvaient les assommer pour quelques heures.
Éléonore et Mick étaient en bonne postures. Les démons n’avaient pas le temps de se matérialiser devant eux. Rose eut le temps de tirer encore sur quelques démons avant que Peals ne se manifeste. Il apparut au milieu du champ de cadavres. Il habitait un corps de taille moyenne, les yeux noirs et les cheveux bruns. Il portait les derniers vêtements que l’être humain portait avant qu’il ne prenne possession de lui : c’est à dire un jean, de vieilles baskets et un tee-shirt du groupe « Guns and Roses ». Les cheveux bruns de l’humain étaient peu soignés, sûrement depuis sa possession. Ses prunelles noires faisaient ressortir son visage parfaitement carré que Peals avait dû choisir uniquement pour son charisme. Son allure était parfaitement maîtrisée et son look d’étudiant rebelle lui convenait
parfaitement.
Lorsqu’il arriva, il ne fit pas attention aux Démons qui étaient assommés et il s’essuya nonchalamment les mains, couvertes de sang, dans un mouchoir blanc. Il ordonna à ses démons de disparaître et regarda ses agresseurs.


— À ce que je vois, vous êtes plus malins que je ne le pensais.


Il balança le chiffon plein de sang sur un corps à ses pieds. Passa sa main dans ses cheveux et leur accorda un regard plein de mépris.


— Tout ce carnage pour m’appeler ? Oh, ça me touche ! dit-il en souriant. Qui a eu cette idée ? Je parierai sur Mick ? Depuis que j’ai fait un séjour chez toi, tu m’en veux terriblement.
— On ne repartira pas d’ici sans t’avoir tué, Peals ! cracha Mick qui tremblait de haine.


Rose comprit. Rose traquait les Anges, tout comme Mick traquait Peals.
Éléonore chargea son fusil et lui balança :


— On te fera subir bien pire, Peals.


Il se tourna vers elle et son sourire disparut.


— Oh non, pas toi, pas la fille du politicien ! Tu es un Cerbère quand tu tortures mes démons.


Éléonore était pire qu’un cerbère lorsqu’un démon était capturé. Elle le torturait si férocement que presque tous les démons de l’Enfer étaient au courant de ses méthodes.
Il se matérialisa devant elle. Si près qu’il put lui chuchoter à l’oreille :


— J’aurais bien une petite place pour toi en dessous, si ça t’intéresse. Il y a quelqu’un qui t’attends en bas, tu sais.


Ce qui s’en suivit se passa si rapidement que Rose eut du mal à distinguer les gestes de ses camarades. Au moment où Éléonore voulut se défendre, Mick se jeta sur Peals qui anticipa son attaque et l’envoya d’un seul mouvement de bras à dix mètres de là. Mick atterrit sur un autre démon inconscient. Peals tenait Éléonore par la gorge, ses pieds s’agitaient au dessus du sol. Rose sortit son poignard de sa botte et un bruit d’ailes se fit entendre derrière elle. Elle se figea. La jeune femme connaissait – ô combien – ce bruit.
Elle n’était pas la seule à l’avoir entendu.
Éléonore, qui était face à eux, ouvrit grand les yeux et se débattit encore plus. Peals se retourna très rapidement, ses traits devinrent durs et impénétrables. Rose n’osait pas bouger, elle avait pris le mauvais poignard et elle sentait celui dont elle avait besoin dans sa poche d’imperméable. Peals, qui avait relâché Éléonore, donna à cette dernière une occasion de s’échapper. Elle rejoignit Mick et essaya tant bien que mal de le réveiller pour les faire sortir d’ici au plus vite. Ils s’étaient trouvés dans la pire des situations qu’il pouvait y avoir. Situation contre laquelle ils se battaient depuis des années et qu’ils évitaient à tout prix : se retrouver entre un Ange et un Démon.

Pendant qu’Éléonore secouait Mick, Rose tremblait de toute part de haine. Un Ange était derrière elle et elle n’aurait jamais le temps de s’en sortir. Et surtout, elle n’avait aucune idée de combien ils étaient.
L’un d’eux prit la parole :


— Deux pour le prix d’un. Le Démon de la Torture et l’Humaine qui s’amuse à tuer mes frères.


Éléonore releva la tête en direction de Rose.
Cette dernière lui fit signe de partir le plus rapidement qu’elle pouvait. Éléonore ne s’était pas résignée à quitter l’un de ses alliés dans une telle situation. Elle continua de secouer Mick, qui finit par ouvrir les yeux, après ce qui semblait à Eléonore une éternité.
Sous le regard de Rose qui l’incitait à partir, il prit Éléonore qui se débattait et l’entraîna dehors.


— Maintenant que nous sommes seuls, passons aux choses sérieuses. Peals, ne fais pas l’enfant et suis-nous. Carter et Skyler vont t’accompagner, annonça une voix rauque qui fit frissonner Rose.


Elle retînt un haut le cœur.
Peals s’esclaffa de son affreux rire démoniaque qui fit trembler les murs du hangar.


— L’Archange Save est carrément venu pour moi. Je vais faire une sortie en grande pompe !


À cet instant, Rose n’osait même plus respirer.
Elle n’avait jamais affronté d’Archange jusqu’à présent, juste des Anges. Là, il y avait non seulement deux Anges mais en plus de ça, un Archange.
L’Archange Save était l’un des trois Archanges proches de Dieu. Rose avait la totale. Un Archange et l’un des plus puissants. Même Peals et tous les Démons de la pièce n’arrivaient pas à la cheville de cet Archange.


— Ou peut-être es-tu venu pour notre chère Rose ? interrogea avidement Peals.


Rose ferma les yeux.


— Je te rappelle que je ne suis pas Michel et j’ai encore moins une Milice avec moi.
— Un point pour toi. Mais j’ai vraiment horreur de me rendre aussi facilement !


Sur ces paroles, son corps se tordit en deux et une fumée noire jaillit de sa bouche et disparut dans le sol. Il avait quitté son enveloppe terrestre. Il s’était enfui.


— Quel lâche ! rit un des deux Anges.


Il eut un silence de quelques minutes, et Rose entendit à nouveau un battement d’ailes. Si elle avait eu de la chance, ils seraient partis.
Ou pas.


— J’ai appelé du renfort, il paraît que tu es douée pour une humaine, révéla l’Archange.


À contrecœur, Rose se retourna. Malheureusement pour elle, une dizaine d’Anges se tenaient aux côtés de l’Archange. Habillés de leur fidèle costume blanc immaculé, ils l’éblouirent quelques instants. Seul l’Archange Save se détachait de tous. Il était au centre, habillé d’un costume noir taillé sur mesure avec une chemise blanche. Si Peals avait du « charme » dans son accoutrement de vulgaire étudiant, cet Archange était de loin le plus beau. Il était plus que beau.
Il était grand, encore plus grand que n’importe quel Ange. Il avait des yeux bleus que même le ciel du paradis -Rose en était sûre- n’égalait pas. Ses cheveux bruns en bataille contrastaient avec sa tenue très soignée. Et son teint halé faisait ressortir le moindre de ses traits. Rose était à peu près sûre qu’elle n’avait jamais vu d’Ange bronzé. Cette fois, c’était un Ange différent et non pas parce que c’était un Archange. Rose était incapable d’expliquer ce qu’il y avait de différent chez lui.
Il était hors de question qu’elle se démonte devant lui. Elle se redressa de toute sa carrure et le regarda droit dans les yeux :


— Je vais devoir en tuer plus que prévu, sourit-elle, narquoise, à la vue d’autant d’Anges. Vous me facilitez la tâche, c’est trop gentil.
— Parce que tu crois vraiment que tu vas nous battre ? lui lança un Ange avec mépris.
— Tu es bien trop prétentieuse pour une Humaine ! cracha un autre.
— J’ai quand même tué vos frères et sœurs, sans avoir la moindre égratignure.


Rose n’avait pas peur. Elle avait déjà affronté tellement de créatures et d’Anges qu’elle commençait à connaître l’affaire. Ils ne lui faisaient pas peur. Ce n’était pas dans leur nature de tuer, et encore moins de tuer des êtres humains. Ils la détestaient réellement et il y avait de quoi. Rose s’était engagée dans une vengeance personnelle afin de tuer tous les Anges possibles. Elle devait être la seule à tuer des êtres intouchables et elle devait être la seule à avoir une âme déjà damnée à, seulement, vingt-trois ans. La seule chose qu’elle craignait -si on pouvait appeler ça de la crainte- était Michel, le Chef de la milice Angélique, l’Archange qui avait enfermé Lucifer. Lui seul pouvait décider de son sort et l’enfermer. En dehors de Dieu.


— Et tu payeras pour ça, crois-moi.


La voix de la seule femme présente s’éleva et elle s’avança. Ses talons claquèrent sur le béton. Son tailleur blanc lui allait à merveille. Rose eut une pensée pour Éléonore qui aurait adoré sa tenue.


— Et que vas-tu me faire ?


Rose s’avança jusqu’à elle et lui rit au nez. Elle n’était pas très grande, et comparée à cette Ange, elle était ridicule. L’Ange était d’une blondeur et d’une pâleur resplendissantes. Elle faisait une tête de plus que Rose. Elle possédait de longues jambes parfaites dont beaucoup de femmes rêvaient. Et ses cheveux blonds qui lui tombaient sur les reins lui donnaient des airs de mannequin. À bien y réfléchir, Rose était presque sûre que l’hôte de cet Ange était un mannequin.
Ses yeux bleus l’examinèrent de haut en bas et elle lui annonça :


— Moi ? Pas grand-chose, mais tout acte à sa cause. Tu ne pourras rester longtemps comme ça même si tu penses que c’est nous…
— Tais-toi, sale vermine !


Rose avait sorti son poignard Angélique et lui sauta à la gorge. Elle l’avait entraînée à terre et au-dessus d’elle, elle tenait son poignard bien haut au dessus de son cœur.


— Tu crois que je tiens ma réputation d’où ? Aucun de vous ne me fait peur ! hurlait-elle, folle de rage.


Aucun des Anges ne bougeait et Rose était prête à tout, même entourée d’une dizaine d’Anges. Soudain, la scène se figea et tout parut se ralentir. Rose, qui était consciente, n’était plus en possession de son corps. Telle une marionnette, on la manipulait. Elle se sentit portée, tirée de tous les côtés. Et lorsque le temps reprit, elle n’était plus au-dessus de l’Ange mais en dessous. L’Ange était sur elle, la main sur la gorge prête à appuyer.


— Merci Save, mais je n’avais pas besoin de ton aide, dit alors l’Ange mannequin, d’un ton grinçant.


Son poignard, qui était alors dans les mains d’un Ange à sa droite, disparut et la colère de Rose ne fit que s’accentuer.


— Lâche-moi, sale peste !


L’Ange se releva avec agilité. D’un geste de tête et sûrement par télépathie, l’Archange indiqua à ses frères de partir et, au fur et à mesure, ils se volatilisèrent en un battement d’ailes gracieux. Il ne resta que l’Archange et la femme qui avait affrontée Rose.


— Tu es sûr ? demanda-t-elle à voix basse. Ce n’est pas n’importe qui…


L’Archange leva un sourcil, l’air dédaigneux.


— Sous-estimerais-tu mes capacités ? Je te rappelle, pour ta gouverne que je suis encore ton supérieur.


L’Ange recula d’un pas pour montrer son respect et son infériorité légitime. Elle disparut comme les autres et l’Archange se retrouva seul avec Rose. Elle était à genoux par terre ayant trop peur de bouger.


— Allez-vous me tuer ?
— As-tu peur ? demanda-t-il froidement.

Non. Elle n’avait pas peur, loin de là, mais si elle devait mourir, autant se faire à cette idée.


— Non.
— Je ne vais pas vous tuer. Vous oubliez qui je suis ? Je suis une des dernières personnes au monde qui vous ferait du mal.


Rose s’esclaffa.


— Par contre, moi, je suis la première que vous devez craindre.
— Vous ne me faites absolument pas peur.


Elle releva la tête et vit qu’il souriait paisiblement.
Rose décida d’en finir. Si elle devait mourir autant le faire avec dignité. Elle se releva doucement et l’observa d’un air nonchalant.


— Vous avez bien choisi votre hôte.


C’était plus pour l’énerver que pour le flatter. Comme pour tout Ange, cette remarque ne lui fit aucun effet. Il se contenta de répondre une phrase préconçue que Rose avait déjà entendue :


— Nous ne choisissons pas notre hôte, c’est lui qui nous choisit.
— Peu importe, il est drôlement canon.


L’Archange sourit plus par politesse que parce qu’il était touché.


— Vous savez que je peux quand même vous tuer ?
— Vous n’avez plus votre arme.
— Tout le monde sait qu’il existe un sort qui vous envoie entre les Enfers et le Paradis.


Cette remarque le fit radicalement changer d’expression. Il existait une légende sur un sort contre les Anges. Dans la langue ancienne de ces derniers, ce sort permettait de les emprisonner dans un espace-temps qui se trouvait entre les Enfers et le Paradis. Dans le monde, très peu de personnes le connaissaient et Rose n’en faisait pas partie. Mais l’Archange ne pouvait le savoir.


— Vous bluffez.
— Vous voulez voir ?


Elle n’attendit pas sa réponse, et se jeta à son cou. À son grand étonnement, il tomba également à la renverse. Il avait dû être surpris par son attaque. Et comment elle l’avait tant de fois entendu dire, elle plaça son pouce sur le front.
Au moment où elle dut réciter un sort, son regard croisa celui de l’Archange. Cette fois-ci, tout se passa très rapidement. L’Archange la releva et lui murmura quelque chose que Rose fut incapable de se rappeler.
Comment est-ce qu’elle était sortie du hangar, Rose n’en avait aucune idée. Seule la lune l’éblouissant la ramena à la réalité. Elle se mit alors à courir en direction de la route et pria pour qu’une voiture passe. Dieu dut l’entendre et lui sauva la vie -sûrement une seconde fois- car Mick qui avait attendu tout ce temps garé plus loin, lui hurla de monter dans la voiture.

Le retour se passa dans le silence le plus gênant qu’il ait jamais existé entre les trois alliés. Ne sachant mettre des mots sur ce qui venait de se passer, elle se promit de ne jamais en parler à personne. Personne ne devait savoir qu’elle avait raté une occasion en or de se venger une fois de plus.

 

 A suivre…

 

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